Abbaye

FONDATION DE L’ABBAYE

A l’origine, le nom était « Monastère de Sainte Marie de Wasto ». Ce vasto serait Vaulx sur l’Authie village près d’Auxi le Château où aurait existé une petite communauté religieuse transférée à Berteaucourt en 1095 par Godelinde et Héléguide. On comprend mieux ainsi comment étant déjà religieuses, elles réussirent à réaliser le vœu de Gautier obéissant aux ordres de la Vierge.

En 1095 Gervin,  évêque d’Amiens, autorise Godelinde et Héléguide à s’établir à Berteaucourt près d’une vieille église désaffectée à condition d’y fonder un monastère selon la règle de Saint Benoit,  ordre religieux qui élit un abbé ou une abbesse. Les vœux sont solennels : pauvreté personnelle, chasteté et obéissance aux supérieurs. Le profès religieux ayant prononcé des vœux définitifs ne peut être relevé que par le Pape.

 

Saint  Benoit de Nursie  né le 02/03/480 et sa sœur  jumelle Sainte Scholastique Mère spirituelle des moniales Bénédictines, statues en bois polychromé du XVI siècle (classées) à voir dans l’église.

 

 

 

 

 

Gervin leur facilite l’installation en leur donnant l’église (qui appartenait à un laïque Raoul Malterre qui sera excommunié ne voulant pas céder celle-ci), le cimetière, le champ du pré, et les bois autour de la rivière. Puis Bernard Louvel, probablement parent d’une des deux fondatrices, pour le repos de son âme donne la moitié du fond où sont construits les bâtiments et l’église ancienne. Wilard le Veau son vassal donne la deuxième moitié. L’abbaye possède alors à Berteaucourt le champ du Pré d’où son nom d’origine « NOTRE DAME DU PRÉ », le champ du Chêne, une brasserie, un moulin et le bois d’Hardinel.

En 1098 Godelinde est nommée 1ere abbesse et Héléguide considérée comme fondatrice.

En 1108 Risende est la deuxième abbesse, les biens de l’abbaye sont alors mis sous la protection épiscopale par Geoffroy évêque d’Amiens. Une bulle du pape Pascal II confirme en 1109 à l’abbesse Risende les privilèges accordés par Geoffroy, les biens possédés, et place l’abbaye sous la protection du siège apostolique.

 

LE BLASON DE L’ABBAYE

Ensemble des armoiries  qui composent un écu armorial représentant un état, une ville, une famille, ici une abbaye.

Dans l’armorial de l’Artois et de Picardie au n° 255 : LE BLASON DE L’ABBAYE ROYALE BENEDICTINE NOTRE DAME DE BERTEAUCOURT.

« D’azur à trois poissons d’argent posés en fasce l’un sur l’autre et un pal de gueule chargé d’une crosse d’argent brochant le tout »

L’origine des armes de l’abbaye est liée à la famille de Saint Valery et à Bernard Louvel qui donna à l’abbaye, dès sa création, un fief à Ault : le fief du Hamel. Gautier de Saint Valery donna en même temps un bateau de pêche et ses hommes. Plus tard, Bernard III de Saint Valery donna deux autres bateaux avec tous leurs gréements.

Au total, l’abbaye avait 3 bateaux et 24 hôtes, plus les droits de coutume et de prévôté dans la commune d’Ault.

QUELLE RICHESSE POUR UNE ABBAYE DE CAMPAGNE ET QUELLE FIERTE :
 « Avoir une ouverture sur la mer dans un port de pêche et pouvoir faire commerce de poissons »

On comprend que ces dons aient marqué l’histoire de l’abbaye et que les poissons soient devenus leur emblème.

Nous pouvons voir encore ce blason dans la chapelle de Monflières à Bellancourt , village qui à d’ailleurs mis sur son blason  un poisson d’argent sur fond bleu et un cheval, rappelant ainsi son passé avec l’abbaye de Berteaucourt.
La commune de Berteaucourt les Dames a repris les armes de l‘abbaye et de ce fait le souvenir de l’abbaye royale bénédictine Notre Dame restera à jamais dans la mémoire du village.

SEIGNEUR DE BERTEAUCOURT

 

Alors que la construction des bâtiments et de l’abbatiale ont commencée, des donations  permettent à l’abbaye d’étendre son influence. Le nombre d’autels et de cimetières passe de six en 1108 à vingt deux en 1140. Les dîmes augmentent beaucoup entre ses deux dates. En 1108 l’abbaye n’en percevait des parts que dans 11 paroisses dont Berteaucourt, en 1140 elle est décimateur dans 25 nouvelles localités où elle partage le plus souvent ce droit. Faute d’achat les biens fonciers ne se trouvent que dans une dizaine de communes.

Les donateurs et les causes sont souvent connus avec certitude : donation d’une religieuse, dot d’une autre et le plus souvent le repos de l’âme.

Il semble intéressant de réserver une place particulière à deux acquisitions. L’une attire l’attention par sa nature : don de trois vaisseaux et leurs dépendances au bourg d’Ault par les comtes de Saint Valéry et encore une fois par Bernard Louvel. L’autre, l’achat du quart de la seigneurie de Berteaucourt à Hugues Colas fils de Wandrin de Beaurin  vers 1140 pour 10 livres, traduit l’affermissement de l’assise du monastère et une garantie pour l’avenir.

Si par la suite les dons et les achats diminuent, nous en retiendrons deux : les moulins de Horton, Sutton, Twickenham, Hampton en Angleterre donnés par la famille des comtes de Saint Valéry (Rendus à la guerre de cent ans). Et vers 1181 Guy seigneur d’Argoules abandonne au monastère tous les biens qu’il a à Berteaucourt et qu’il tenait d’Aléaume de Fontaine seigneur de Long. Il cède en fait les trois quart de la seigneurie du village moyennant une redevance de deux muids de blé et un d’avoine à prendre dans la grange de Berteaucourt. Redevance que l’abbaye rachètera pour 70 livres à Elisabeth d’Argoules et à Jean de Camléron en 1233.

L’abbaye est alors le seul seigneur du lieu et le restera jusqu’à la révolution. Les abbesses deviennent les DAMES de Berteaucourt.

 

SCEAU DE L’ABBAYE

Le sceau du latin sigillum est un cachet qui authentifie un acte.

Sceau (1123) ogival de 70 mm du chapitre de l’Abbaye notre Dame du Pré à Berteaucourt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sceau est suspendu à un acte d’août 1225, accord pour le partage des dîmes de Bourdon.

Le sceau porte pour image la Vierge assise, nimbée et couronnée tenant l’enfant Jésus, portant à la main droite un sceptre fleuronné. Autour est écrit :

SIGILLUM CAPITULLI SANCTE MARIE DE PRA

 

L’ABBAYE À TRAVERS L’HISTOIRE

Elle commence avant sa création : en 1066 Gautier de Saint Valery, ses fils Bernard et Renaud, participèrent avec le Duc de Normandie à la conquête de l’Angleterre. Pour les remercier, Guillaume leur donna des biens confisqués à Harold, lors de la bataille d’Hasting. D’où la donation à l’abbaye en 1175 des moulins en Angleterre par la Famille des contes de Saint Valery. A la guerre de Cent ans, commencée en 1346, les biens causèrent des ennuis à l’abbaye.  Ils ne rapportaient plus rien et étaient devenus une charge. La bulle Pontificale 9/05/1380 qui autorisa la fondation du collège de Winchester, avait été complétée par une seconde autorisant l’abbaye de Berteaucourt à aliéner ses possessions d’outre mer . L’acte de vente à l’évêque de Winchester, fait en même temps que celui de l’abbaye de Saint Valery, est daté du 3/06/1391.

Les Comtes de Saint Valery  participèrent aux croisades ramenant de nombreuses reliques. En 1180 Pierre de Dreux d’Amiens donne 50 sols (sou) tous les ans pour acheter de l’huile à brûler jour et nuit devant le cheveu très précieux de la glorieuse Vierge Marie mère de notre Seigneur et devant les autres reliques des Saints (un morceau de bois de la Croix, des dents de Saint Jean Baptiste …) qui étaient dans cette église et qui ont malheureusement disparues.

Pendant la guerre de Cent ans, elle fut pillée par des bandes de soldats indisciplinés. Son trésor qui renfermait des sommes considérables fut complètement vidé.

Elle fut mise à contribution 2 fois durant le XVI siècle, pour éviter le pillage des calvinistes.

Au XVI siècle commencent les séries de prieurés commendataires. L’article premier du concordat conclu le 18/05/1516 entre François 1er (représenté par Antoine Duprat) et le Pape Léon X, transférait au Roi de France d’élire les Evêques, les Abbés et les Prieurs, le Pape n’ayant qu’un droit de véto au cas où l’élu ne remplissait pas les conditions requises. D’où la nomination par Henri III de Angélique d’Estrées comme Abbesse à Berteaucourt en 1586.

Le cardinal Albert, tout prêtre qu’il était, obligea les religieuses à lui fournir des vivres pour alimenter son armée pendant le siège d’Amiens par Henry IV (1597).Ce ne fut qu’à cette condition, qu’il leur promit d’empêcher ces artilleurs de descendre les cloches et d’enlever les reliques et les bénitiers de ce temple.

Pendant la guerre de Trente ans, le 4/10/1639, l’abbaye et 23 autres villages des environs furent pillés par les cavaliers de Gassion, les régiments d’Epagny et de Langeron. Les soldats déposèrent 4 étendards dans l’église comme un lieu de sûreté.

En septembre 1641 l’abbaye fut brûlée par les troupes Espagnoles. Les religieuses s’installent dans leur refuge d’Abbeville le 31 /01/1642 jusqu’en 1662 avant de regagner Berteaucourt.

 

BIENS DE L’ABBAYE EN 1730

 

L’abbaye continuera à développer ses acquisitions pour arriver au XVIII siècle à avoir des biens dans 58 communes autres que Berteaucourt.

                                             

LA REVOLUTION : LA FIN DE L’ABBAYE

Le 28/10/1789 : L’assemblée Nationale supprime les vœux solennels des religieux en congrégation.

Le 02/11/1789 : L’abbaye est déclarée Bien National, seule la partie de l’église réservée aux paroissiens n’est pas confisquée.

Le 12/12/1789 : Les religieux qui ne veulent plus suivre la règle peuvent sortir du couvent.

Le 13/02/1790 : Les congrégations religieuses sont supprimées.

Le 05/11/1790 : Décret relatif à la vente de tous les Biens Nationaux.

Le 23/12/1790 : Les religieuses de Berteaucourt déclarent qu’elles sont décidées à quitter la vie en communauté.

Le 19/01/1791 : Elles reviennent sur leur décision. Le Directoire accepte à condition qu’elles procèdent dans les huit jours, à la nomination d’une supérieure et d’une économe. BEAUCHAMP Marie Anne est déclarée supérieure et DUBOIS Catherine est nommée économe. Il reste 10 Dames de chœur et 8 sœurs converses.

Le 17/08/1792 : Une loi ordonne l’évacuation de toutes les maisons religieuses pour octobre, sauf des hôpitaux et des maisons de charité. Il semblerait que les ex religieuses (encore 5 le 17/01/1796) aient eu le droit de rester dans la maison jusqu’à la vente du 06/08/1796 des bâtiments conventuels et de l’enclos.

En 1793 ce fut le désastre, les révolutionnaires s’emparèrent même des deux plus petites cloches.

De l’Abbatiale  il ne resta debout que la partie réservée au culte pour les habitants. De nombreuses reliques et statues disparurent.

 

Nous pouvons voir actuellement la Mise au tombeau de Jésus et la statue de Sainte Barbe dans l’église de Villers Bocage (ci-dessous) et les orgues dans celle de Flixecourt . Elles se trouvaient autrefois dans l’abbatiale de Berteaucourt.